4 people found this review helpful
Recommended
0.0 hrs last two weeks / 9.1 hrs on record (8.5 hrs at review time)
Posted: Nov 4, 2018 @ 5:49am
Updated: Jul 15, 2021 @ 8:32am

"Mutant Mudds" est petit jeu de plateformes rétro né originellement sur Nintendo 3DS, qui comme "Clash Force" sur Steam n'a l'air de rien, n'invente rien, n'a pas de caractéristique remarquable ni une réalisation spectaculaire, mais est tout bonnement très soigné et bien conçu, et est donc très plaisant à jouer.

L'alibi du jeu est le suivant: un météore extraterrestre s'écrase sur Terre près de la maison de notre héros, un binoclard vivant avec sa grand-mère, provoquant la mutation des environs et la génération de hordes de monstres de boue. Notre héros décide alors de réagir, et part à l'assaut armé d'un jetpack et d'un pistolet à eau, ce dernier permettant de dissoudre les monstres.

Le jeu est très simple: dans les 20 niveaux principaux, il s'agit d'arriver au bout pour ramasser un grand sprite d'eau, et si possible, collecter en route 100 petits sprites d'eau. Bien sûr, on croisera en chemin divers dangers: les fameux monstres de boue mutants, et des décors hostiles (falaises, piques acérées) dans lesquels on évolue grâce à nos sauts et notre jetpack, qui permet de voler à l'horizontale sur une courte distance.

En plus de cela, des bandes spéciales au sol permettent de sauter d'un plan à l'autre parmi les trois niveaux de profondeur du scrolling, exactement comme dans "Virtual Boy Wario Land", exploitant ainsi l'effet relief de la Nintendo 3DS. Sur Steam, cet effet est remplacé par un effet de flou, le focus étant fait sur le plan dans lequel on se trouve. C'est un gimmick cosmétique puisque contrairement à "Virtual Boy Wario Land", le level design est ici très simple, en ligne avec la moyenne des jeux de plateformes sur consoles 16-bit, à savoir plutôt linéaire mais avec un peu d'exploration pour la collecte. Les niveaux principaux sont tous accessibles à partir d'un écran de menu.

De surcroît, les environnements (plaine, zone enneigée, volcan, montagne, espace) ont chacun des obstacles spécifiques, et on peut acheter grâce aux petits sprites d'eau trois améliorations d'équipement chez sa grand-mère (une seule sélectionnable avant de démarrer un niveau tant que l'on n'a pas fini tout le jeu hors zones bonus):

- Une qui permet à notre pistolet à eau de tirer plus loin.
- Une qui double la durée d'utilisation de notre jetpack.
- Une qui permet au jetpack de nous projeter très haut à la verticale.

Ces améliorations permettent d'atteindre l'entrée de 20 niveaux cachés, une dans chaque niveau principal (encore faut-il deviner quelle amélioration y donne accès): ces niveaux sont "teints" pour ressembler à des jeux Game Boy et Virtual Boy, sont plus courts et plus durs que les niveaux principaux, exploitent bien l'amélioration qui y a donné accès, et même s'ils se finissent aussi par un grand sprite d'eau, ils ne comportent pas de petit sprite à collecter.

Enfin, une fois que le jeu principal aura été vaincu avec 40 grands sprites et 2000 petits sprites au compteur, la grand-mère du héros deviendra jouable. Elle dispose des trois améliorations, qui combinées lui donneront encore accès à 20 autres zones depuis les niveaux principaux. Ces zones bonus sont habillées comme des jeux PC en CGA, exploitent toutes les améliorations, et sont encore plus dures que les autres.

Ces éléments approfondissent le jeu, mais ses mécaniques restent toujours les mêmes: passé une courte période de progression, on fait vite le tour des huit ennemis disponibles (il n'y a pas de boss) et des différents obstacles (piques, massues qui tournoient, plateformes qui bougent ou apparaissent et disparaissent)... le jeu, clairement, ne se "réinvente" pas.

Pourquoi n'ai-je donc jamais eu d'impression de répétition alors que j'ai gagné le jeu à 100%?

En premier lieu parce que "Mutant Mudds" est difficile, et quand un jeu est difficile on ne lui demande pas de nous distraire avec de la nouveauté, mais de nous stimuler avec un défi bien conçu (et croissant, pour compenser la maîtrise ludique acquise petit à petit). Et cela, le jeu le fait très bien: on dispose de trois cœurs pour encaisser les coups causés par les monstres ou certains obstacles, mais on n'a aucun moyen d'en récupérer, et le jeu exige beaucoup de précision et de timing. Cette exigence passe comme une lettre à la poste puisque tout est très lisible et juste, l'échec apporte moins la frustration que la sensation d'être pris au sérieux en tant que joueur. Le héros se dirige à l'occidentale, sans inertie, et répond comme un charme aux commandes - plus on progresse en se familiarisant avec l'amplitude des sauts, la durée d'usage du jetpack, le timing des différents ennemis et obstacles, et plus on devient audacieux, alors que le jeu devient de plus en plus "serré" et délicat voire vicieux.

Au fil des niveaux, le jeu ne se contente pas non plus d'être plus dur: il a beau réutiliser les mêmes éléments, il propose des expériences bien distinctes - niveaux plutôt horizontaux, plutôt verticaux ou multidirectionnels et très vastes, plutôt orientés vers l'affrontement, l'exploration, l'esquive... tout le potentiel du jeu est exploité de fond en comble.

Enfin, il faut rappeler que les 20 niveaux principaux sont différents des 40 autres en étant plus grands, moins linéaires, remplis d'objets à collecter, avec un libre choix de l'amélioration des compétences du héros: face à l'échec, ces facteurs permettent plusieurs stratégies possibles, alors que les niveaux supplémentaires sont davantage de simples parcours d'obstacles - cela aussi, à sa façon, permet de varier l'expérience.

Ainsi, un niveau s'abordera totalement différemment selon que l'on peut tirer plus loin ou que l'on peut utiliser son jetpack plus longtemps: face aux situations les plus périlleuses, avec des combinaisons d'obstacles et d'ennemis parfois retorses, ces choix sont cruciaux et enrichissent le gameplay.

En plus de ses sensations de jeu très agréables, "Mutant Mudds" est aussi très joli et très propre. Ses musiques, quant à elles, sont tout à fait en ligne avec ce que l'on pouvait espérer: bien rétro et typiquement "chiptune", elles accompagnent idéalement notre grande quête des sprites d'eau et notre croisade contre les monstres de boue mutants.

Si je recommande "Mutant Mudds", vous l'aurez compris, je ne recommande pourtant pas sa suite, "Mutant Mudds Super Challenge", qui n'apporte rien de plus en dehors d'une difficulté tatillonne, frustrante et malvenue, sans beaucoup de variations dans le level design, avec en plus de cela des boss assez agaçants. Le jeu d'origine était humble mais équilibré, et n'avait pas vraiment besoin d'une suite...
Was this review helpful? Yes No Funny Award